Publié le 1er août 2026 · mis à jour le 28 octobre 2026
Choisir son activité de financement : la méthode en 4 questions
Comment choisir son activité de financement : objectif, bénévoles, mise de fonds et calendrier. Quatre questions appuyées par les données, et une grille de décision.

En septembre, un comité de parents ou de club se retrouve souvent devant la même liste : vente de chocolat, souper spaghetti, lave-auto, campagne de dons. Le choix se fait parfois par habitude (« on fait ça chaque année ») ou parce qu’un fournisseur a appelé le premier. Pourtant, la bonne activité dépend surtout de quatre choses que le comité connaît déjà : le montant visé, le nombre de bénévoles fiables, l’argent disponible en caisse et ce qui se passe autour de vous.
Cet article reprend ces quatre questions une par une, avec ce que les études et les données publiques en disent. Vous trouverez à la fin une grille de décision à remplir en comité, en une seule réunion.
Question 1 : combien, et pour quoi
Un montant précis motive plus qu’un souhait général
La théorie de la fixation d’objectifs est l’une des mieux documentées en psychologie du travail. Dans leur synthèse publiée en 2002 dans l’American Psychologist, Edwin Locke et Gary Latham résument près de 35 ans de recherche : des objectifs précis et exigeants ont amélioré la performance dans plus de 100 tâches différentes, auprès de plus de 40 000 participants, dans au moins huit pays, comparés à la consigne vague de « faire de son mieux ».
Ces études portent surtout sur des employés et des étudiants. Elles ne visaient pas des bénévoles qui vendent du chocolat. Deux de leurs conclusions s’appliquent quand même bien à un comité :
- Le but doit être précis. « Amasser 4 800 $ pour l’autobus du voyage à Québec » donne une cible. « Financer les activités de l’année » n’en donne pas.
- Les gens ont besoin de savoir où ils en sont. Selon les mêmes auteurs, l’objectif combiné à un suivi régulier du progrès est plus efficace que l’objectif seul. Sans chiffre à jour, personne ne sait s’il faut accélérer.
Les donateurs aiment voir la fin approcher
Une autre série d’études touche directement la collecte de fonds. Cynthia Cryder, George Loewenstein et Howard Seltman ont suivi les prêts de microcrédit sur le site Kiva. Le rythme des contributions passait de 6,7 % du montant restant par heure quand le projet était financé à moins du tiers, à 10,8 % entre le tiers et les deux tiers, puis à 12,8 % dans le dernier tiers. Une expérience sur le terrain avec un organisme local et une expérience en laboratoire ont donné le même sens. L’explication proposée : une contribution qui aide à finir le travail donne un plus grand sentiment d’utilité.
Pour votre comité, la conséquence est simple. Un objectif chiffré et affiché vous permet d’annoncer « il nous manque 600 $ » dans la dernière semaine, un message qui a des chances de fonctionner. Un objectif flou ne le permet pas.
Le montant détermine l’activité
Faites ensuite le calcul à l’envers. Divisez le montant visé par le profit net d’une unité (une boîte, un billet, un repas). Si vous visez 4 800 $ et qu’une boîte vous laisse 5 $ de profit, il faut vendre 960 boîtes. Avec 40 familles, cela fait 24 boîtes par famille. Si ce chiffre fait sourire le comité, l’activité est trop petite pour l’objectif, ou l’objectif doit être réparti sur deux activités.
Question 2 : combien de bénévoles fiables
Le bassin de bénévoles a rétréci
Le portrait a changé depuis la pandémie. Selon l’Enquête sur le don, le bénévolat et la participation de Statistique Canada, publiée en juin 2025, 32 % des Canadiens de 15 ans et plus ont fait du bénévolat pour un organisme en 2023, contre 41 % en 2018. Ces quelque 11 millions de personnes ont donné environ 1,2 milliard d’heures, soit 28 % de moins qu’en 2018.
Le Québec part d’un niveau plus bas. En 2018, avant la baisse, l’Institut de la statistique du Québec mesurait un taux de bénévolat encadré de 32,5 % au Québec, contre 41,1 % pour l’ensemble du Canada.
Une minorité fait la majorité du travail
Le bénévolat est aussi très concentré. Dans l’enquête de 2013, la dernière à publier ce calcul, 53 % des heures de bénévolat avaient été faites par 10 % des bénévoles, qui donnaient 372 heures ou plus par année. La même enquête nommait les deux principaux freins des non-bénévoles : le manque de temps (66 %) et l’incapacité de s’engager à long terme (62 %).
Dans un comité, ça veut dire que la liste des gens qui ont levé la main en septembre surestime presque toujours le nombre de personnes qui seront là le samedi du souper. Comptez seulement celles qui ont déjà tenu une tâche jusqu’au bout.
Un ordre de grandeur pour se situer
Le souper-bénéfice et l’encan demandent beaucoup de monde le même jour : montage, cuisine, service, caisse, rangement. Une vente sur commande demande peu de monde par jour, mais beaucoup de suivi sur plusieurs semaines, puis une grosse journée de distribution. Une campagne de dons en ligne demande surtout une personne qui écrit et relance.
Un exemple documenté montre jusqu’où un très petit groupe peut aller, à condition d’y mettre le temps. À Cadillac, en Abitibi-Témiscamingue, trois mères ont amassé près de 50 000 $ en trois ans pour la cour de l’école Louis-Querbes, qui comptait une cinquantaine d’élèves, selon Radio-Canada en 2015. Elles ont étalé l’effort sur trois ans.
Question 3 : peut-on avancer de l’argent
Les événements coûtent cher pour chaque dollar amassé
Avant de choisir un souper ou un gala, regardez ce qu’il faut payer avant de vendre le premier billet : salle, nourriture, permis, décoration, impression. Dans le milieu de la philanthropie, le repère le plus cité vient de James Greenfield, auteur de manuels sur la gestion de la collecte de fonds. Selon lui, dans le meilleur des cas, un événement coûte environ 50 cents pour chaque dollar amassé. Ce repère vient de l’expérience de l’auteur. Il n’a pas été mesuré sur un échantillon.
Les chiffres mesurés varient beaucoup, et ils sont contestés. En 2007, l’évaluateur américain Charity Navigator a calculé à partir des déclarations fiscales que les organismes dépensaient en moyenne 1,33 $ pour chaque dollar recueilli par leurs événements spéciaux. Des critiques ont répondu que l’étude ne lisait qu’une ligne du formulaire fiscal et oubliait une partie des revenus, comme les commandites. Retenez surtout que la marge d’un événement est mince et qu’une mauvaise soirée peut faire perdre de l’argent.
Un repère canadien pour les organismes de bienfaisance
Si votre groupe est un organisme de bienfaisance enregistré, l’Agence du revenu du Canada surveille le ratio entre vos dépenses de financement et les revenus qu’elles génèrent. Selon son guide CG-013 (mis à jour le 20 avril 2012 et consulté en octobre 2026), sous 35 %, « l’ARC ne soulèvera probablement pas de questions ou de préoccupations ». À partir de 35 %, elle examine la moyenne des dernières années. Au-delà de 70 %, la proportion « suscitera des préoccupations » et l’organisme devra se justifier. Une école ou un club qui n’est pas enregistré n’est pas visé par ce guide, mais le seuil de 35 % reste un bon point de repère pour le comité.
La règle pratique
Si la caisse est vide, commencez par une activité qui ne demande aucune mise de fonds : une vente sur commande, où le fournisseur facture après la fermeture des commandes, ou une campagne de dons. Gardez le souper pour l’année où un premier succès aura rempli la caisse. Demandez aussi au fournisseur, par écrit, quelle part du prix de vente vous revient. C’est ce chiffre qui sert au calcul de la question 1.

Question 4 : qu’est-ce qui se passe déjà autour de vous
La sollicitation agace, mais l’effet sur les dons est discuté
Les parents d’une même école reçoivent souvent plusieurs demandes en quelques semaines : la classe, l’équipe de soccer, les scouts, la fondation de l’hôpital. La crainte de « tanner » les gens est réelle. Les recherches qui l’ont mesurée donnent un portrait plus nuancé qu’on le pense.
Aux Pays-Bas, Merel van Diepen, Bas Donkers et Philip Hans Franses ont mené une expérience sur le terrain avec cinq des plus grands organismes de bienfaisance du pays. Ils ont fait varier le nombre de lettres reçues par les ménages. Résultat : les lettres causaient bien de l’irritation, mais cette irritation ne changeait ni les dons déclarés ni les dons réels. Dans un autre travail tiré des bases de données de trois organismes, les mêmes chercheurs concluent que les sollicitations d’organismes différents s’additionnent à court terme, mais se disputent le même budget des ménages à long terme.
Ces études portent sur des dons sollicités par la poste. Les ventes de produits n’y sont pas mesurées. Elles suggèrent quand même deux choses. Une demande de plus n’est pas une catastrophe. Par contre, sur une année, les familles ont un budget limité, et ce que l’équipe de hockey reçoit en novembre ne sera plus disponible pour la vente de l’école en décembre.
Toutes les communautés n’ont pas le même budget
Le budget des familles varie aussi d’un quartier à l’autre. En 2018, Radio-Canada a comparé des écoles primaires de la région d’Halifax. L’école Sir Charles Tupper, dans un quartier où le revenu familial moyen était d’environ 130 000 $, amassait en moyenne 70 000 $ par année, soit 360 $ par élève. L’école Joseph Howe, dans un quartier où ce revenu était d’environ 55 000 $, amassait 15 000 $, soit 82 $ par élève. Si votre milieu ressemble davantage au second, un objectif réaliste tient compte de ce plafond, et une activité qui fait venir de l’argent de l’extérieur du cercle des parents prend plus de valeur.
Ce qu’il faut vérifier
Avant de fixer une date, regardez :
- le calendrier de l’école, du centre de services scolaire et de la municipalité ;
- les campagnes des autres groupes qui sollicitent les mêmes familles (sport, scouts, chorale) ;
- les grandes dépenses des familles : rentrée scolaire, Fêtes, inscriptions au sport ;
- les fins de semaine déjà prises par un tournoi ou un festival local.
Un coup de fil au comité voisin évite souvent deux ventes de chocolat la même semaine.
Trois exemples documentés
L’école du Boisjoli, à Sherbrooke
En février 2024, l’école primaire du Boisjoli, qui compte 615 élèves, a lancé une campagne pour réaménager sa cour, selon La Tribune. Le projet complet coûtait 470 000 $. L’école s’était donné un objectif initial de 100 000 $ sur trois ans et avait déjà recueilli 110 000 $, dont 50 000 $ de sa fondation. Les activités étaient variées : fête familiale de la Saint-Valentin, kiosque au Salon de l’habitation, gala de lutte, spectacle de fin d’année. Le projet avait été découpé en deux phases, avec une première échéance à la rentrée 2024-2025. Un grand projet devient ainsi une suite d’objectifs précis, chacun avec sa date.
L’école Louis-Querbes, à Cadillac
Le cas déjà cité plus haut montre l’autre bout du spectre : trois bénévoles, une petite école, près de 50 000 $ amassés sur trois ans. Le petit nombre de bénévoles a été compensé par la durée.
L’école secondaire des Chutes, à Shawinigan
En octobre 2026, Le Nouvelliste rapportait que des élèves de l’école secondaire des Chutes avaient tenu des barrages routiers avec la Fondation Sunny. L’activité a rapporté 18 044 $, dont 9 022 $ remis à l’école pour les voyages à l’étranger et l’équipe de football. L’école partageait donc le revenu à parts égales avec son partenaire. C’est une option quand il manque de bras pour organiser, pourvu que le partage soit connu d’avance.
La grille de décision
Remplissez d’abord les quatre réponses en comité. Ensuite, éliminez les activités qui ne passent pas.
| Vos réponses | Activités qui conviennent | À éviter pour l’instant |
|---|---|---|
| Moins de 5 bénévoles fiables, caisse vide | Campagne de dons en ligne, vente sur commande avec un catalogue court | Souper, encan, tournoi |
| 5 à 15 bénévoles, caisse vide | Vente sur commande, collecte entre pairs, lave-auto | Souper de plus de 100 personnes |
| 5 à 15 bénévoles, un peu d’argent en caisse | Ajoutez un petit événement : déjeuner, vente de pâtisseries | Gala avec salle louée |
| Plus de 15 bénévoles, argent en caisse | Souper-bénéfice, encan, tournoi avec commandites | Rien d’interdit, mais calculez le coût par dollar amassé |
| Objectif élevé (plus de 10 000 $) | Deux activités complémentaires, ou un projet découpé en phases | Tout miser sur une seule soirée |
| Familles déjà très sollicitées | Activités qui rejoignent l’extérieur : dons en ligne partagés, commandites d’entreprises | Une troisième vente de produits dans la même saison |
Ensuite, faites le test du calcul pour l’activité retenue :
- Objectif : quel montant net, pour quel projet, pour quelle date ?
- Unité : combien rapporte une boîte, un billet ou un repas, une fois le fournisseur payé ?
- Volume : combien d’unités faut-il vendre au total, et combien par famille ou par joueur ?
- Bras : combien d’heures de bénévoles faut-il, et qui les a promises ?
- Argent avancé : combien faut-il payer avant d’encaisser, et que perd-on si l’activité est annulée ?
- Date : quelles autres demandes les mêmes familles recevront-elles ce mois-là ?
Si une ligne reste sans réponse, l’activité n’est pas prête.
Une fois l’activité choisie, des plateformes comme Coolecto permettent de prendre les commandes ou les dons en ligne et d’afficher le progrès vers l’objectif. Le choix de l’activité, lui, reste une décision de comité.
En résumé
- Un objectif précis, chiffré et suivi motive davantage qu’un but général, et les gens donnent plus volontiers quand la fin approche.
- Le bénévolat encadré a reculé au Canada (de 41 % en 2018 à 32 % en 2023), et il est plus bas au Québec. Comptez seulement les bénévoles qui ont déjà fait leurs preuves.
- Les événements coûtent cher pour chaque dollar amassé. Sans argent en caisse, commencez par une activité sans mise de fonds.
- Les sollicitations agacent sans nécessairement nuire aux dons, mais les familles ont un budget annuel limité. Vérifiez le calendrier des autres groupes avant de fixer votre date.
- Remplissez la grille en comité et faites le calcul du volume avant de signer avec un fournisseur.